Formations cliniques du Champ lacanien

Collèges de Clinique Psychanalytique

Statut juridique

Le statut juridique des collèges est celui d'Associations loi 1901, à but non lucratif, déclarées à la Préfecture et agréées en tant qu'organismes de formation. Leur direction est collégiale et permutative.

Les Collèges de clinique psychanalytique aujourd'hui

Comme leur nom l'indique, les Coll√®ges de clinique psychanalytique forment des ensembles coll√©giaux anim√©s par des enseignants qui se sont propos√©s de renouer avec les principes sur lesquels Jacques Lacan avait fond√© la Section clinique de Paris VIII en 1976, √† savoir : ¬ę indiquer une direction √† ceux qui se consacrent √† la clinique psychanalytique ¬Ľ , et interroger le psychanalyste, ¬ę le presser de d√©clarer ses raisons ¬Ľ . La Section clinique de Vincennes avait pour Lacan cette fonction de mettre les analystes √† la question de la clinique. Il y allait — et il y va encore — de la transmission du savoir, dans la mesure o√Ļ la pratique de la psychanalyse n'est pas soumise √† une √©valuation professionnelle de type ¬ę contr√īle continu des connaissances ¬Ľ, car les psychanalystes n'exposent leur orientation clinique et leurs appuis doctrinaux qu'√† l'occasion d'expos√©s ou d'articles, et encore, √† condition qu'ils veuillent bien s'y pr√™ter.

Il s'agit en fait d'un dispositif o√Ļ la circulation du savoir et son √©laboration ne sont pas celles qui sont en jeu dans la cure analytique, mais o√Ļ l'enseignant est sujet : ¬ę Je ne peux √™tre enseign√© qu'√† la mesure de mon savoir, et enseignant, il y a belle lurette que chacun sait que c'est pour m'instruire. ¬Ľ (Lacan, 1970)

Les Coll√®ges de clinique psychanalytique s'adressent donc √† ceux qui, quel que soit le cadre de leur pratique clinique, veulent se donner les outils √©pist√©miques susceptibles de les orienter dans la clinique. Cela vaut aussi bien pour les enseignants du Coll√®ge qui ont √† ¬ę d√©clarer leurs raisons ¬Ľ que pour ceux que nous nommons participants, qui non seulement re√ßoivent un enseignement mais peuvent produire un travail qui sera pris en compte par le Coll√®ge.

Les enseignements sont répartis selon plusieurs axes :

  • des Unit√©s cliniques, qui comprennent une pr√©sentation clinique, sa discussion et l'√©laboration clinique et th√©orique qui s'ensuit,
  • des √Čtudes de cas expos√©s par les participants et discut√©s collectivement,
  • des √Čtudes de textes de Freud et de Lacan,
  • des cours ou s√©minaires de th√©orie psychanalytique sur les concepts, leur histoire et les probl√©matiques qu'ils permettent d'aborder.

Chaque année universitaire voit la mise au travail d'un thème commun à l'ensemble des Collèges de clinique psychanalytique. Son élaboration est exposée à l'occasion de journées d'études et élargie au niveau national lors d'une rencontre commune aux Collèges de clinique psychanalytique de France.

Pour l'ann√©e 2014-2015, le th√®me retenu est : ¬ę Identit√© et identifications ¬Ľ

Cr√©√©s en 1998, les Coll√®ges de clinique psychanalytique du Champ lacanien, au nombre de six actuellement, font partie des Formations cliniques du Champ lacanien qui se donnent pour objectif de d√©velopper des structures propres √† l'√©tude m√©thodique de la psychanalyse, et √† sa diffusion. Cet ensemble se rattache en France aux Forums et √† l'√Čcole de psychanalyse du Champ lacanien, lesquels sont associ√©s √† d'autres forums √† l'√©tranger pour former l'Internationale des Forums et de l'√Čcole de Psychanalyse du Champ lacanien (IF-EPFCL)

Certains Coll√®ges proposent √©galement, en plus des enseignements annuels, des stages, c'est-√†-dire des sessions de deux ou trois jours d'√©tudes group√©s, qui permettent d'aborder de fa√ßon resserr√©e une probl√©matique clinique pr√©cise gr√Ęce √† des expos√©s et des discussions avec les enseignants du Coll√®ge et des intervenants qui lui sont rattach√©s.

La journée nationale aura lieu à Rennes le 14 mars 2015

Ouverture du Collège clinique de Paris,
28 novembre 1998

par Colette Soler

Ce Collège clinique est une nouveauté de cette rentrée 1998. Sa création répond à la situation inédite qui s'est créée à la Section clinique de Paris Saint-Denis, dans les suites de la Rencontre de Barcelone en juillet 1998 et en fonction des divisions apparues au sein de la communauté du Champ freudien. Cette situation a été présentée dans le document de création du Collège, je n'y reviens pas.

J'indiquerai comment ce Collège se situe, politiquement et épistémiquement, par rapport à l'ancienne Section clinique. Nous n'en récusons pas le principe d'origine, même si cette Section clinique a cessé d'être à la hauteur de ses ambitions. Ce projet répond en effet à une nécessité dans la psychanalyse.

Je vous fais remarquer d'abord que, de fait, tr√®s t√īt, dans l'IPA, la distinction de la Soci√©t√© des analystes et de l'Institut o√Ļ enseignent les didacticiens a √©t√© pr√©sente. Lacan lui-m√™me, √† c√īt√© de son √Čcole, a soutenu, puis renouvel√©, en 1974, le D√©partement de psychanalyse avant de cr√©er, en 1976, la Section clinique.

Le Collège clinique reste sur cette lancée et il en partage l'intention.

Pourquoi ? Lacan a pu dire, lapidairement, qu'il s'agissait de stimuler son √Čcole. Consid√©rons le statut politique et √©pist√©mique de l'association des psychanalystes.

Sur ce plan politique, le régime associatif qui regroupe des membres ayant chacun les mêmes droits, indépendamment de toute considération concernant les compétences quant au savoir et à la transmission, rend à peu près impossible qu'un enseignement méthodique s'instaure. J'appelle enseignement méthodique un enseignement qui vise à couvrir l'ensemble du champ des questions cliniques et doctrinales, et qui se propose d'y avancer dans une progression ordonnée et calculée.

Sur le plan √©pist√©mique d'autre part, d√®s que l'on s'avance sous le signifiant de psychanalyse, le savoir suppos√© suffit. Il est m√™me assez stup√©fiant qu'il existe une profession, la n√ītre, o√Ļ il n'est jamais exig√© de faire ses preuves en mati√®re de savoir. Or, le maintien de la psychanalyse, aussi bien comme pratique que comme pr√©sence dans la culture exige une certaine transmission d'un savoir articul√©. Lequel ? Celui qui se d√©pose dans les textes, au gr√© des productions des analystes.

Mais √† cet √©gard tous les √©crits de la doctrine ne se valent pas, bien s√Ľr. Ceux de Freud se distinguent de fa√ßon unique et √ßa n'a rien √† voir avec la pi√©t√© √† l'√©gard du p√®re, contrairement √† ce que l'on serine. Lacan le savait bien, qui disait : la psychanalyse a ¬ę consistance des textes de Freud ¬Ľ. En effet, soustrayez-les, et la psychanalyse dispara√ģt. L'œuvre de Freud est l'au-moins-une sans laquelle on ne saurait m√™me pas ce qu'est le proc√©d√© dont l'analyse est solidaire. On peut ici se livrer √† une petite exp√©rience mentale d'√©preuve par la soustraction. On voit que, quels que soient leurs m√©rites, sans l'ego-psychology, sans M√©lanie Klein, sans le middle group, sans Winnicott, la psychanalyse serait certes appauvrie, mais pourrait demeurer. Et Lacan ? Lacan est all√© beaucoup plus loin que Freud dans l'√©tablissement du discours mais il n'est pas l'inventeur du proc√©d√© et la psychanalyse tient au proc√©d√© mis au point par Freud. C'est pourquoi, je pense, que lui-m√™me, qui ne se poussait pas du col, a pu dire √† Caracas en 1960 : je suis freudien.

Nous commen√ßons donc √† mettre √† notre programme l'√©tude m√©thodique des textes qui orientent la pratique et √† les faire vivre en les soumettant √† l'√©preuve des cas, o√Ļ ils auront √† d√©montrer leur op√©rativit√© et leur port√©e clinique.

J'en viens aux divergences et à ce qui nous distingue de la Section clinique d'aujourd'hui. Elles sont doubles : politiques et épistémiques, elles aussi.

Politiquement, l'ensemble de l'Institut du Champ freudien est dirig√© par une personne et par une seule. Ce syst√®me, nous l'avons d'abord accept√©, au nom de ceci que le signifiant ma√ģtre est n√©cessaire, et qu'il faut une direction. L'exp√©rience de la crise a donn√© tort √† notre confiance et a fait la preuve que ce syst√®me de direction par un seul est ouvert aux abus. Notre option alternative ne sera pas l'absence de direction, mais une direction coll√©giale par l'ensemble des enseignants. C'est une direction qui s'accorde sur deux options pr√©cises : le d√©cloisonnement des enseignements, en vue d'instaurer des circulations entre les Unit√©s et les divers Coll√®ges, et l'int√©gration progressive de nouveaux enseignants √† mesure que la formation progressera.

Sur le plan √©pist√©mique, un ph√©nom√®ne nouveau est apparu dans la Section clinique : l'extension du pouvoir de direction sur les th√®ses √† enseigner elles-m√™mes. C'est autre chose de choisir les th√®mes de l'ann√©e, le plan d'ensemble et les enseignants eux-m√™mes et de choisir les th√®ses √† soutenir. Or c'est ce que l'on a vu s'avancer depuis trois ans et qui a culmin√© √† ladite Convention d'Antibes, au profit d'une th√®se sur la psychose qui est aux antipodes aussi bien des th√®ses de Lacan, que de celles que nous avons soutenues depuis vingt ans. L√† o√Ļ Lacan vise une clinique de la certitude, on pr√īne d√©sormais la clinique floue du plus ou moins assur√©.

Politiquement, cette th√®se est un clin d'oeil √† l'IPA √©vident. √Čpist√©miquement, elle m√©rite d'√™tre examin√©e. Ne tranchons pas a priori, mais elle ne saurait √™tre un mot d'ordre, avanc√© sans que la communaut√© en d√©batte pour en tester la validit√©. La direction peut √† la rigueur √™tre une, le savoir ne peut fluctuer au gr√© des d√©cisions d'un seul, aucun diktat ne vaut pour lui. On a vu dans le si√®cle des √©pisodes o√Ļ le S1 pr√©tendait l√©gif√©rer dans le champ des savoirs. On en conna√ģt le r√©sultat : d√©sastreux pour le savoir et d'avance condamn√© par l'histoire.

Que prétendons-nous substituer à cette direction du S2 par la S1 ?

Une direction collégiale du savoir ne vaudrait pas mieux que la direction d'un seul. Le savoir dans notre champ ne se dirige pas. Il s'acquiert, il s'élabore et à la pointe, il s'invente et... se met à l'épreuve. Mais un débat contradictoire est possible, qui s'est poursuivi d'ailleurs dans l'histoire de la psychanalyse, en dépit des luttes institutionnelles. Les avatars politiques ne l'ont ni empêché, ni éclipsé à terme. Voyez par exemple l'option de Mélanie Klein quant à la psychose : elle reste inscrite comme une des options possibles, offerte à l'examen et à la critique.

Telle sera donc notre option : débat pluraliste.