Formations cliniques du Champ lacanien

Collèges de Clinique Psychanalytique

« Identité et identifications, incidences cliniques »

par Patrice Pajot

Que mettre sous les termes d’identité et d’identifications.

On sait que pour Lacan le moi est une identité purement imaginaire et d’abord l’image anticipée et totalisée du corps propre.

La dialectique du «  Stade du Miroir » est la formalisation de ce moi. On peut y repérer les idéaux de la personne, l’infatuation amoureuse et la rivalité destructrice. Le moi est impossible à distinguer des captations imaginaires qui le constitue pour « un autre et par un autre ».

La découverte freudienne de l’inconscient (rêves, lapsus, actes manqués) destitue le moi de toute maîtrise.

Selon Lacan une division se trouve au cœur de la subjectivité. Ce que l’on peut appeler sujet avec Lacan c’est d’abord le fait d’être assujetti à la profonde fêlure de ne pouvoir exister dans la forme d’un tout que par anticipation imaginaire.

Ainsi, il y a un hiatus entre ses identifications aliénantes et ce qui le singularise sous la forme du symptôme, effet de la prise du langage sur le corps.

La clinique psychanalytique permet de rendre compte qu’à la place où il était attendu, le sujet vient par le symptôme et que c’est par le symptôme qu’il s’affranchit des déterminismes identitaires non sans angoisse, le plus souvent. Les identifications relèvent aussi du signifiant, elles participent du symptôme, et il y a l’identification au symptôme.

Décoller les identifications aliénantes du sujet dans la cure se fait une par une, allant du un au moins un : C’est-à-dire pour l’analysant accepter la castration, perte de jouissance, irrémédiable.

Ainsi, la découverte psychanalytique rend problématique la réflexion sur l’identité de la personne fondée sur la certitude d’être identifiée totalement à soi ou à l’autre, à l’origine ou à la perte d’origine.

NĂ©anmoins, la psychanalyse est une praxie qui a une Ă©thique. Aucune identification ne satisfait la pulsion.

De même il n y’ a pas de clinique sans éthique. La clinique est fonction de la structure c’est-à-dire de la façon dont chaque sujet s’incarne dans le langage. Il s’agit de savoir pour chaque structure clinique quel est l’usage du signifiant maître.

Ainsi une analyse «…… devra se finir par un nom propre, pour permettre au sujet d’appréhender ce qui, pour lui, épingle son être singulier hors de l’Autre, hors aliénation »(1).

La marque de chacun Ă©tant la marque du trauma lors de sa rencontre avec le langage, nous interrogerons le dire de la nomination et le sinthome comme nom.

  1. Soler C « La querelle des diagnostics », cours 2003/2004 au Collège clinique de Paris.

Références bibliographiques

FREUD Sigmund
« La déformation dans le rêve » (1900), L’interprétation des rêves, Paris, PUF, 1999.
« Dora » (1905), Cinq psychanalyses, Paris, PUF, 1993.
Le mot d’esprit et sa relation à l’inconscient (1905), Paris, Folio Essais, 1992.
Totem et tabou (1913), Paris, PBP, 1965
« Pour introduire le narcissisme » (1914), La vie sexuelle, Paris, PUF, 1969.
« On bat un enfant » (1919), Névrose, psychose et perversion, Paris, PUF, 1973.
« Psychologie collective et analyse du moi »(1921), Essais de psychanalyse, Paris, PBP, 1970.
« Le moi et le ça » (1923), Essais de psychanalyse, Paris, PBP, 1970.
Malaise dans la civilisation (1930), Paris, PUF, 1971.
Nouvelles conférences sur la psychanalyse (1933), Paris, Gallimard, 1984.
LACAN Jacques, Autres écrits (Paris, Seuil, 2001) 
« Les complexes familiaux » (1938)
« Préface à L’éveil du Printemps de Wedekind » (1974)
« Télévision » (1974)
LACAN Jacques, Ecrits (Paris, Seuil, 1966) 
« Propos sur la causalité psychique » (1946)
« L’agressivité en psychanalyse » (1948)
« Le stade du miroir comme formateur de la fonction du Je » (1949)
« L’instance de la lettre dans l’inconscient » (1957)
« La direction de la cure et les principes de son pouvoir » (1958)
« Subversion du sujet et dialectique du désir » (1960)
« Remarque sur le rapport de Daniel Lagache » (1960)
« D’une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose » (1957-1958)
LACAN Jacques, Inédit 
« La troisième » Conférence au 7ème Congrès de l’École freudienne de Paris à Rome en 1974.
« Le symptôme » Conférence à Genève le 4 octobre 1975.
LACAN Jacques, Les Séminaires 
Livre II, Le moi dans la théorie de Freud et dans la technique psychanalytique (1954-1955)
Livre V, Les formations de l’inconscient (1957-1958)
Livre VI, Le désir et son interprétation (1958-1959)
Livre VIII, Le transfert (1960-1961)
Livre IX, « L’identification » (1961-1962), inédit.
Livre X, L’angoisse (1962-1963)
Livre XI, Les Quatre Concepts fondamentaux de la psychanalyse (1963-1964)
Livre XVII, L’Envers de la psychanalyse (1969-1970)
Livre XVIII, D’un discours qui ne serait pas du semblant (1970-1971)
Livre XIX, …Ou pire (1971-1972)
Livre XX, Encore (1972-1973)
Livre XXI, « Les non dupes errent » (1973-1974), inédit
Livre XXII, « RSI » (1974-1975), inédit
Livre XXIV, « Linsu que sait de l’une-bévue s’aile à mourre » (1976-1977), inédit
SOLER Colette
Lacan, l’insconscient réinventé, PUF, 2009, p. 92-123.
« La querelle des diagnostics », cours 2003-2004, Collège clinique de Paris.
Autres
Lévy-Strauss C., L’identité, Paris, Grasset, 1991.
Pessoa F., Le livre de l’intranquillité, « Fragment 193 », Paris, Christian Bourgois, 2000.
« L’identité en question dans la psychanalyse », Revue de Psychanalyse du Champ lacanien, N°6,
mars 2008.
« Crises des identités sexuées », dans Les réalités sexuelles et l’inconscient, EPFCL, 2006, p. 321- 344.